Pour CCS Paris – texte critique
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Dans la cabale, la divinité pure et infinie est définie. En Soph, elle est symbolisée par la lettre Aleph, le point qui renferme en lui l'univers entier. Celui qui regarde à l'intérieur d'Aleph voit tout l'univers, tout ce qui existe.
Dans la nouvelle "Aleph", José Luis Borges décrit le sentiment que l'on éprouve en contemplant le cosmos des cabalistes, la sensation de tout voir simultanément et sous tous les angles. Aleph était une petite sphère, couleur tournesol, au rayonnement quasi insoutenable, flottant dans l'air immobile au-dessus de l'escalier de la cave d'une maison en ruine à Buenos Aires.
J'ignorais si Sivert Lindblom lit la cabale ou s'il s'est plongé dans la mystique du nombre chez les alchimistes, mais l'espace qu'il construit me fait penser à la nouvelle de Borges.
On s'attend, au bout d'un moment, à voir apparaître un Aleph dans un coin, un point incandescent renfermant toutes les tensions, toutes les relations de nombre et toutes les connexions secrètes que l'on présente dans cet espace. On a l'impression d'entrer dans un observatoire occulte, aux dispositifs mystérieux et impénétrables où se mesure un autre ordre des choses.
Des monolithes solennels aux proportions minutieusement calculées créent un champ de force magnétique composé de formes numériques et géométriques qui se répand dans l'espace. L'une des formes est subitement matérialisée sur le mur, en plomb, et dont la superficie est exactement indiquée en millimètres carrés. Est-ce cette composition qui fait jouer les serrures invisibles? Sivert Lindblom a signé l'espace de son autoportrait, une petite statue d'un homme nu, concentré et réfléchissant intensément. Tel un moine dans une cellule de trappiste, la structuration ascétique est rigoureusement exécutée dans l'espace et vibre de la même démarche intellectuelle. Lindblom introduit dans son espace des rapports cosmiques et crée, à l'aide de moyens précis, la sensation d'un univers monumental, comme si les murs s'ouvraient vers l'infini. C'est de la magie à l'état pur, d'une beauté sublime qui confine au sacrement.
Torsten Ekbom Foto: Magnus Lindblom
